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Les Américains ont aussi peur de la tarte aux pommes
2 avril 2008, par Stéphanie Bérubé - La Presse
Le Canada dépense des millions de dollars chaque année pour soutenir des projets de recherche visant à contrer le bioterrorisme. Les États-Unis demandent de leur côté aux exportateurs d'aliments de montrer patte blanche avant d'envoyer chez eux des fruits, légumes ou aliments transformés. Jusqu'à présent, toutes ces mesures ont été efficaces pour prévenir Les accidents! Le bioterrorisme alimentaire est-il une véritable menace? Suite et fin de notre dossier sur la sécurité alimentaire.
Pour faire affaire avec des importateurs américains, un fabricant de biscuits québécois doit lui vanter la qualité de sa farine, la finesse de sa recette, la beauté de son emballage. Et, idéalement, lui fournir la preuve que ses employés n'ont pas de casier judiciaire.
«Dans l'échelle des risques, les Américains ont peur des armes, de la drogue. Mais les Américains ont aussi peur des tartes aux pommes», explique Sylvain Pelchat, du cabinet Consultations Contacts Monde qui aide les entreprises québécoises à mieux exporter leurs produits chez l'Oncle Sam.
Il les initie notamment au programme C-TPAT, le programme de partenariat commercial transfrontière antiterroriste.
Même si, de l'avis des experts consultés, les chances d'une attaque bioterroriste qui passerait par l'alimentation restent faibles, une accréditation C-TPAT est synonyme de risques contrôlés.
«C'est un peu le programme ISO de la sécurité», explique Isabelle Limoges, de la même firme de consultants. Il ne faut pas croire à des mesures extrêmes, dit-elle. «Il n'y a pas de biométrie ou des systèmes aussi poussés explique Mme Limoges. Mais les Américains veulent la démonstration que vous êtes exempt de tout risque ou que vous contrôlez vos risques.»
Concrètement, pour une entreprise qui exporte, ça veut dire un contrôle sur les employés de production. Fini le livreur de UPS qui se promène dans l'entreprise simplement parce qu'il porte un uniforme brun. Le livreur doit s'identifier à son arrivée.
À la coopérative La Citadelle, de Plessisville, le livreur doit même laisser ses colis dans un petit bureau prévu à cet effet. «Plus personne ne peut circuler ici s'il n'est pas accompagné», explique Richard Côté, de la coopérative acéricole qui exporte plus de la moitié de son sirop d'érable aux États-Unis. Le groupe n'a donc pas hésité à se conformer aux règles américaines en 2004, même si elles signifiaient un investissement majeur de «quelques centaines de milliers de dollars».
Il a fallu ajouter des clôtures, faire systématiquement des enquêtes sur le passé de tous les employés, leur fournir des cartes d'accès, rendre le système informatique conforme aux exigences du programme, qui demande notamment que le mot de passe soit changé tous les trois mois. «Si un terroriste entre ici et qu'il se facture une commande, il pourrait ensuite entrer facilement en se faisant passer pour un client», dit Richard Côté. Les normes de salubrité étaient déjà contrôlées par des programmes canadiens, mais le CTPAT s'intéresse à la sécurité à l'intérieur de l'entreprise.
Prévenir... les accidents
Et si un terroriste allait mettre son poison directement dans la chaudière accrochée à l'érable du producteur? «Chaque baril est inspecté et goûté», dit Richard Côté. Un poison inodore aurait inévitablement son effet sur le pauvre goûteur.
Payants, tous ces efforts? Toujours pas. Mais dans le cas d'une alerte orange, ça le deviendrait, explique Richard Côté. Car les camions qui transportent le sirop La Citadelle sont aussi certifiés. Aux douanes, ils passeraient leur chemin plus rapidement.
Les Américains ne sont pas les seuls à vouloir renforcer les maillons de la chaîne alimentaire. L'Union européenne vient de mettre sur pied un programme semblable au CTPAT, l'Opérateur économique agréé.
«Au départ, c'est vrai que ce sont les Américains qui ont poussé le resserrement des règles de sécurité après les attentats de 2001, dit Sylvain Pelchat. Mais maintenant, une trentaine de pays ont ce genre de programmes.» Selon lui, quatre entreprises sur dix qui exportent aux États-Unis sont certifiées C-TPAT.
Et grand bien leur fasse. Car la période d'ébullition politique actuelle rend bien des gens de l'industrie particulièrement nerveux, dit-il. Selon lui, le programme C-TPAT a déjà permis qu'on évite certaines catastrophes. Mais aucune n'était volontaire. Les dispositifs de protections antiterroristes finissent finalement par prévenir les accidents. Kolombo, une entreprise québécoise spécialisée dans les systèmes de sécurité, a mis au point un dispositif qui permet de détecter si la cargaison d'un camion a été altérée, assurant ainsi la sécurité du point À au point B. Elle présente son produit comme une protection contre les «attaques bioterroristes». «Les Américains sont encore très sensibles à ça», dit Martin Arsenault, président de Kolombo.
Une baisse de température dans une cargaison de volailles, accidentelle, pourrait avoir des conséquences sanitaires désastreuses, indique M. Arsenault. Et les rappels d'aliments contaminés, plus que le coût associé au rappel lui-même, sont très néfastes pour une entreprise parce qu'ils minent la confiance des consommateurs. Peu importe le niveau de responsabilité de l'entreprise impliquée.
Un procédé comme celui de Kolombo aurait éclairci ce qu'on appelle maintenant «l'incident des raviolis», qui est en train de se transformer en incident diplomatique. Des raviolis chinois - gyoza - exportés au Japon ont envoyé 10 personnes à l'hôpital au début de l'année. Après en avoir mangé, 3700 autres Japonais ont déclaré avoir été malades. Pékin estime qu'il s'agit d'une contamination volontaire effectuée hors Chine. Tokyo affirme que cela est impossible, les raviolis étant arrivés surgelés et empaquetés.
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Notre expert Sylvain Pelchat parle des avancées C-TPAT et OEA à Paris (30 novembre)
1er décembre 2007, par Isabelle Limoges, Associée chez Contacts Monde
Suite à une initiative de l'Ambassade du Canada à Paris et dans le cadre de l'exposition environnementale annuelle POLLUTEC 2007, notre expert Sylvain Pelchat était le conférencier-invité dans le cadre d'une allocution portant sur les avancées des programmes nord-américain et européen en matière de sécurité contre le terrorime en entreprise et de leur éventuelle réciprocité.
Devant un parquet composé d'une cinquantaine d'entreprises du Québec et de la France notamment, Monsieur Pelchat a rappellé l'historique de ce qui s'est fait en matière de sécurité sur les deux continents depuis les attaques du 11 septembre 2001 avant de démontrer que les deux organisations douanières (le CBP aux USA et l'Union Européene) avaient maintenant les moyens de leurs ambitions, contrôlant et gérant les différents points d'entrées / sorties des marchandises, autant physiquement que virtuellement.
A compter du 1er janvier 2008, le concept 'd'Opérateur Économique Agrée' entrera en vigueur en Union Européene, octroyant aux entreprises de l'UE qui se qualifient, des avantages semblables à ceux des entreprises certifiées C-TPAT en Amérique du Nord, soit des privilèges de partenariat en reconnaissance des efforts en matière de sécurité de leur chaîne logistique, notamment par le traitement expédié des marchandises aux différents postes frontières.
Une entente de réciprocité est également en cours entre les USA et l'Union Européene afin de faire reconnaître en équivalence, d'un côté comme de l'autre, les certifications réciproques. Ainsi, une entreprise québécoise qui est C-TPAT, verra à moyen terme sa certification lui servir pour un traitement privilégié de ses expéditions vers l'Union Européene ! A l'inverse, les entreprises qui n'entrent pas dans le programme, verront à moyen et long terme, leurs chances de compétitionner à 'armes égales' sur la scène international décliner.
Dans son allocution, Monsieur Pelchat s'est concentré à indiquer aux entreprises de deux côtés de l'Atlantique, les avantages indéaniables d'atteindre de tels standards, en faisant partie de ces programmes de sécurité.
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